Le sport féminin, un enjeu de politique locale

Développer le sport féminin, et mettre en avant les clubs professionnels féminins sont des arguments politiques aujourd’hui pour les collectivités territoriales. Pour autant, jusqu’à présent, les femmes ne sont pas la priorité.

Même en Russie, la ville de Bourges est connue, et pas seulement pour son festival de musique. Son club de basket féminin a contribué à la notoriété de la ville du Cher. Une équipe de haut niveau, au-delà de marquer la vitalité d’une région, permet d’exporter le nom d’une ville.

« Pour une collectivité locale, le sport professionnel a une notion d’image. » En une phrase Lewis Calmette, chargé de mission au sein de l’Association nationale des élu(e)s du sport (Andes) résume l’enjeu du sport de haut niveau pour les collectivités locales. Comme pour les équipes masculines, les formations féminines ont une mission, indirecte, de communication pour les territoires. « Il faut tout de même faire attention, il y a autant de politiques sportives locales que de communes… » avertit d’emblée Marie-Françoise Potereau, présidente de l’association Femix’Sport

Des similarités existent tout de même entre les collectivités. Notamment dans l’attribution des subventions aux associations de haut niveau. Plus une équipe va performer, plus elle va percevoir une subvention élevée. Enfin presque… La métropole du Grand Nancy était le parfait contre-exemple. Parmi ses clubs professionnels, Vandoeuvre-Nancy Volley-Ball percevait la plus petite aide allouée. Il s’agissait pourtant du seul représentant de l’élite dans le sport lorrain. Depuis, la municipalité a décidé d’harmoniser ses accords avec les clubs. Une nouvelle charte est actuellement en cours d’élaboration, pour une distribution plus paritaire.

« Les subventions sont davantage tournées vers le sport masculin. C’est en partie dû à la médiatisation des pratiques. Quand vous avez une équipe masculine qui passe à la télé, et que ce n’est pas le cas pour les filles, la collectivité va investir dans ce qui est vu, analyse Marie-Françoise Potereau, présidente de l’association Femix’Sport. Dès l’instant où le sport féminin n’est pas médiatisé, on a cet écueil. Et c’est le serpent qui se mort la queue. Sans aides, elles ne peuvent pas se développer. » 

Une problématique que souligne également Patricia Constantini fondatrice d’Egal Sport. « Les demandes de subvention sont construites par rapport au budget des clubs. Mais comme le sport féminin professionnel est récent, les budgets sont plus petits… » 

Une histoire de statut 

Dans la majorité des cas, les structures féminines n’ont pas le statut de clubs professionnels. Elles sont toujours sous le statut associatif. Pour passer sous le statut d’entreprise de sports, un club doit enregistrer 1,2 millions de recettes sur ses événements par saison et sa masse salariale doit être supérieur à 800 000 euros (Article L122-1 du Code du sport). L’association continue tout de même d’exister pour gérer toutes les sections amateurs. Par conséquent, les deux structures peuvent effectuer leur demande de subventions. Or le développement du sport féminin fait que la majorité des clubs en France sont toujours sous le statut associatif. Ainsi, la subvention n’est pas dédoublée.

Et au-delà, de cette différence statutaire entre le sport masculin et féminin, un autre problème subsiste. « Les femmes ont tendance à demander moins aux collectivités, constate Patricia Constantini. Elles doivent être plus ambitieuses. A l’image du club de football de Juvisy (devenu la section féminine du Paris FC) qui à la base ne voulait pas devenir professionnel. Les structures féminines ne sont pas suffisamment revendicatrices. »

Vers de nouveaux critères de subventions ?

Pourtant de nombreux clubs pourraient être plus gourmands, au moment de signer les conventions d’objectifs, éléments sine que none à l’obtention de subventions. Ces conventions étaient pendant longtemps signés en fonction des niveaux de performance : une qualification européenne, la présence en première division, etc. Aujourd’hui, ce n’est plus exclusivement le cas, et c’est là que les clubs féminins auraient tout à gagner. « Pendant longtemps on calculait la réussite d’une structure sur ses récompenses. Plus vous gagniez, plus vous aviez une enveloppe importante. Or aujourd’hui, on demande d’autres axes de développement. En particulier : Comment on attire d’autres licenciées, remarque la présidente de Femix’Sport, également vice-présidente de la Fédération Française de Cyclisme. Au niveau local, c’est toujours le cas, mais de moins en moins. Je pense que les collectivités vont également se tourner davantage vers des associations qui favorisent le développement du sport pour tous. » C’est pour ces raisons, qu’il est souvent demandé aux clubs, dans les conventions d’objectifs, de se rendre dans les établissements scolaires du département ou de la région pour promouvoir la pratique féminine. « Plus on mettra en avant le sport féminin, plus on donnera envie à des jeunes filles de s’y mettre. Et ainsi, la pratique de haut niveau pourra se développer avec un plus grand nombre de sportives », détaille Lewis Calmette.

A condition que les infrastructures suivent. La France est déjà sous équipée en enceinte sportive. Elle compte en effet 320 000 équipements pour 16 370 896 licenciés, en 2019. Si bien sûr, tous n’ont pas l’utilité des infrastructures et que certaines peuvent servir à plusieurs personnes, il n’est pas rare de voir des équipes devoir se débrouiller dans des gymnases non taillés pour le professionnalisme. Pendant des années, le club de handball professionnel féminin de Nantes a dû jouer dans un gymnase peu propice à son developpement. Ainsi, il ne pouvait pas accueillir les télévisions, les soirs de grands matches. Ni même les rencontres européennes. Ces jours-là, l’équipe délocalisait dans une autre salle de la ville, attribuée aux garçons.

« Après la Coupe du monde de football, des jeunes filles ont frappé aux portes des clubs, mais les clubs ne pouvaient pas les accueillir car il n’y avait plus de créneaux. Or on ne va pas délaisser une équipe masculine pour offrir des créneaux à une équipe féminine… » pointe Marie-Françoise Potereaux.

A voir si les élections municipales vont permettre de changer les choses ? Au cours de la campagne, quelques maires n’ont pas hésité à placer le sport féminin dans leur programme. Ainsi à Bordeaux, le nouveau maire écologiste Pierre Hurmic voulait remettre à plat l’attribution des salles sportives pour favoriser la pratique féminine. Un pas vers un nouveau monde ? 

(1)Les footballeuses nationales ont récemment intenté leur Fédération en justice afin de percevoir les mêmes rémunérations que leurs homologues masculins. Elles ont pour l’heure était débouté de leur première demande, mais elles ont fait appel. Le jugement sera rendu en septembre prochain.

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