Spécificité encore trop souvent oubliée, les cycles menstruels peuvent avoir de réelles incidences sur la performance des sportives. Alors que leur corps est pourtant leur outil de travail…
L’arrêt du sport aura permis de faire résonner des thématiques jusque-là silencieuses. Au début du mois de mai, la championne du monde et d’Europe de handball Estelle Nze Minko prenait la plume pour l’association « Règles élémentaires » sur le tabou des menstruations. « Je ne suis pas une experte dans ce sujet, mais c’est un thème qui me tient à cœur, détaille la joueuse de Györ, en Hongrie. C’est justement aux expertes d’en parler, car même les joueuses n’ont pas forcément l’information que les règles peuvent avoir un impact sur leur performance. »

Dans certains pays, comme aux États-Unis, la question du cycle menstruel est prise en compte pour adapter les plannings d’entraînement. En France, cette spécificité du sport féminin n’a pas encore trouvé sa place.« Au PSG, on nous demandait de renseigner la date de nos règles. Mais il n’y a jamais eu d’allégement d’entraînement. Alors que certaines ont des cycles douloureux et toutes connaissent une fatigue plus présente, avec un risque de blessures accrue », appuie l’ancienne internationale française de football Jessica Houara-d’Hommeaux.
Une thèse publiée en 2018 appuyait ce constat. Sur le panel interrogé, plus de 64% des sportives reconnaissaient avoir des gènes pendant leur règles. Des symptômes qui peuvent donc avoir un impact sur la performance, et évidemment amener à une blessure, comme le souligne l’ancienne joueuse de l’Olympique Lyonnais.
« Ça doit venir de tout le monde »
La plus fréquente des blessures reste la rupture des ligaments croisés. De base, les femmes ont plus de chances d’en être victime. Les risques sont quatre à huit fois plus élevés. Et bien souvent, quand la sportive en est victime, c’est au moment de ses règles. Le cycle menstruel décuple la laxité des ligaments.« Quand je me suis fait mes premiers croisés, j’étais très fatiguée et j’avais mes règles », confirme l’ancienne latérale gauche de l’équipe de France de football.

La question des règles est pourtant au cœur de la progression des sportives. Demain, cela pourrait être une donnée importante pour faire évoluer le sport féminin.« On est de plus en plus dans l’analyse des données. Je ne suis pas la plus qualifiée pour répondre, mais ça pourrait permettre d’être encore plus dans la recherche de la performance », analyse Estelle Nze Minko. Pour éviter d’être limité par leur cycle menstruel de nombreuses athlètes ont choisi de prendre la pillule. « Quand je prenais la pillule, je n’étais jamais trop gênée par mes règles. Et un jour, je venais de me séparer de mon copain, j’ai choisi d’arrêter la pillule. Et là, elles ont commencé à devenir douloureuse », appuie l’arrière de l’équipe de France de handball, qui poursuit : » Mais peut-être qu’à un moment donné durant le cycle, il y a des avantages. On sécrète peut-être des hormones dans ce sens. Durant la grossesse, c’est déjà le cas, lors des premiers mois. Mais on ne sait pas puisqu’il n’y a pas d’étude sur les règles. »
Davantage de recherches
Dans les faits, il y en a, mais elles restent limitées et leurs promotions dans les milieux sportifs sont plus que restreints. Or pour la handballeuse, davantage de recherches sur le sujet pourraient convaincre les clubs de passer à l’action. En attendant, Jessica Houara-D’Hommeaux prône une sensibilisation. « Ça prend deux heures pour sensibiliser un entraîneur et son staff. Il faut le faire. Ce n’est pas dur à mettre en place, d’adapter les séances pendant trois jours. »
Un avis que partage la handballeuse. « Déjà rendre moins tabou ce sujet permettrait de créer un lien de confiance avec le staff. Car ça peut être une information importante les jours de match, si la joueuse n’a pas bien dormi à cause de ses règles depuis deux jours… Ce changement doit venir de tout le monde. » Le tabou a lui assez duré.