Cacher ces femmes que la télé ne saurait voir

Après une année 2019 riche pour le sport féminin, les sportives recherchent encore la lumière médiatique. La ligue féminine de handball a même failli ne pas être retransmise cette saison. Les championnats sont aujourd’hui à la recherche des caméras.

Le 29 août dernier, un coup de tonnerre a frappé le sport féminin. Diffusée depuis 2012 par le groupe qatari BeIN Sports, la Ligue féminine de handball (Ligue Butagaz Énergie) apprenait que la chaîne arrêtait de retransmettre les rencontres. Une issue favorable a toutefois vite était trouvée pour les clubs de D1 féminine. La ligue a conclu un accord avec la chaîne du Comité national olympique et sportif français, « Sports en France ». La nouvelle chaîne a diffusé son premier match, le 9 octobre dernier. Cette saison, elle diffusera au total vingt rencontres, dont quatre matches de phases finales, conjointement avec la chaîne L’Équipe.

Si cela reste une bonne nouvelle pour la promotion du handball féminin français, ce la témoigne de la difficulté à trouver du sport féminin à la télévision. Hormis le handball, seul le championnat de France de football reste accessible aux téléspectateurs. A l’été 2018, Canal + avait signé un contrat de six saisons avec la Fédération française pour diffuser l’intégralité de la Division 1 Féminine (D1F). En parallèle, le volley, le basket et le rugby restent toujours dans un certain anonymat. Et tant bien même que RMC Sports possède les droits de la Ligue féminine de basket, les matches sont peu souvent retransmis.

Pour Béatrice Barbusse, sociologue du sport et autrice du livre Du sexisme dans le sport (éditions Anamosa), la raison « est avant tout parce que ce sont des femmes. De tous temps, les médias ont moins investi dans le sport féminin. C’est une donnée historique qui doit être prise en compte ».

Des salles peu « télégéniques »

Dans la majorité des cas, les salles restent peu adaptées à la retransmission. De plus, le public n’est pas toujours présent pour garnir les tribunes. De quoi renforcer l’idée que le sport féminin n’attire pas suffisamment pour être retransmis. « C’est un fait que les salles ou les stades ne sont pas suffisamment télégéniques ou mises en avant pour assurer un spectacle. Mais cet argument tient surtout pour les femmes, ça pose moins de problèmes chez les hommes, est convaincue la sociologue. C’est là où les pouvoirs publics ne remplissent par leur rôle. »

En revanche, des efforts ont été consentis ces dernières années dans le football. Ils ont été réalisés à partir du moment où les premières rencontres ont été retransmises en direct par Eurosport en 2014. « La chaîne croyait en la D1F, surtout parce qu’il y avait quelqu’un à sa tête qui avait un esprit entrepreneurial et non pas seulement financier (Jérôme Papin), estime celle qui a également été la première femme à diriger un club de handball masculin de l’élite (l’US Ivry). Les chaînes considèrent que ce n’est pas rentable. Diffuser du sport féminin coûte de l’argent, c’est sûr, et le retour sur investissement n’est pas immédiat. Mais la notoriété, aujourd’hui, est tout aussi importante qu’un retour pécuniaire. Les médias sont censés être autre chose que des supports à faire de l’argent. » Les clubs cofinancent, avec les diffuseurs et les ligues, les retransmissions.

Des diffusions rentables selon le CSA

Dans un rapport publié en 2017, le Conseil supérieur de l’audiovisuel venait pourtant contredire ce point de vue. Selon le gendarme de l’audiovisuel français, la diffusion de sport féminin serait rentable. En analysant le rapport entre les droits TV payés et les recettes publicitaires (sans prendre en compte le coût lié à la production), les chaînes multiplieraient par deux leurs retours sur investissement. La dernière Coupe du monde féminine de football a certainement décuplé ce coefficient.

Lors des retransmissions, le groupe TF1, diffuseur, avait augmenté ses tarifs publicitaires de 50 % à 60 % lors des rencontres de l’équipe de France, pour un coût d’achat des droits estimés à cinq voire dix fois moins cher que pour la Coupe du monde masculine.

Mais cela vaut essentiellement pour les compétitions majeures. Les Mondiaux en sports collectifs passionnent. Tout comme peuvent passionner les disciplines individuelles, où le haut niveau se pratique essentiellement dans des compétitions à porter internationale. C’est pour cette raison qu’elles trouvent plus facilement leur place sur le petit écran.

Selon le même rapport du CSA, les compétitions féminines de tennis (1 039 heures), de ski (360 heures) et de biathlon (268 heures) bénéficiaient en 2016 des plus grands taux de diffusion. Seul le football apparaissait en deuxième position de ce classement (443 heures). « Ces chiffres s’expliquent parce que les compétitions ont lieu en même temps. C’est aussi le cas de l’athlétisme. »

En attendant de figurer à la télévision, les équipes féminines devront décupler d’efforts pour aller chercher des titres. C’est la seule manière selon Béatrice Barbusse, de voir la pratique sortir de sa discrétion. « Il va falloir que les diffuseurs et les spectateurs s’habituent à voir régulièrement du sport féminin. Mais en attendant, il va falloir des résultats de la part de nos équipes nationales. La situation actuelle du sport féminin me fait penser à la situation du handball il y a 30 ans. Nous n’étions rien. Il a fallu des titres pour commencer à être un sport visible. » À moins d’un an des Jeux olympiques, le message est lancé.

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