Louise Fleury : « J’aimerais ne pouvoir faire que du football »

L’attaquante de l’En Avant de Guingamp (Division 1 féminine), Louise Fleury, 21 ans, cumule un emploi avec son statut de sportive professionnelle. Une situation qui touche de nombreuses joueuses dans les sports dits « majeurs ».

Louise Fleury, en parallèle de votre carrière de footballeuse professionnelle en division 1 féminine à l’En Avant de Guingamp, vous avez décidé de travailler dans la vente chez un concessionnaire automobile. Pourquoi avoir souhaité mener ce double-projet ?
Financièrement, je ne gagne pas assez pour vivre du football. Mon salaire à l’En Avant de Guingamp est de 800 € par mois. Cela peut donc être compliqué. J’ai signé ce contrat pour quatre ans (il arrivera à échéance en 2020), il faut donc que je le respecte.

Vous avez toujours souhaité avoir un emploi à côté de votre carrière sportive ?
Quand j’ai fini mes études en Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), j’avais encore deux ans de contrat (en 2018). Je voulais, en plus, avoir de l’expérience dans un métier qui m’intéressait. J’ai donc postulé au culot chez un concessionnaire Mercedes. Aujourd’hui, avec l’expérience acquise, j’aimerais bien pouvoir me consacrer qu’au football. Ca serait une manière de passer un cap, car je n’ai pas la même vie que les autres joueuses.

Comment s’organisent vos journées avec vos deux emplois ?
J’ai deux heures d’entraînement le matin, et je suis en entreprise, pendant cinq heures l’après-midi. C’est comme ça tous les jours de la semaine, je n’ai que le dimanche en jour de repos. En tout, je travaille entre 40 et 45 heures. J’ai la chance d’avoir un employeur compréhensif, qui a su adapter mon emploi du temps, en fonction de mes plannings d’entraînement.

Vous n’avez jamais envisagé la possibilité de travailler uniquement dans le sport ?
A la base, c’est ce que je voulais faire. Je souhaitais être manageuse sportive dans un club. Mais c’est une voie très bouchée. Je voulais aller dans un métier, où il y avait la possibilité d’évoluer. Et surtout du travail. Je me suis donc rendue compte que la vente était un métier qui me plaisait et dans lequel je m’épanouissais. Ca fait aussi du bien de
couper et de voir d’autres personnes. C’est ce qui rend le double projet sympa.

« Il faut prévoir son avenir »

A Guingamp, certaines de vos coéquipières ont également un travail à côté ?
Certaines sont en études. D’autres, qui ont rejoint l’équipe récemment et qui ont un salaire équivalent au mien, aimeraient trouver un travail à mi-temps. En sachant que l’on peut travailler que les après-midis et pas le week-end. C’est donc très compliqué. Le problème, c’est qu’on ne gagne pas assez, et en même temps on nous demande d’être
professionnelle…

Se pose notamment la question des temps de repos, facteur essentiel dans le sport de haut niveau…
Je compense en veillant à bien m’alimenter, en buvant beaucoup. Mais ça n’équivaut pas une sieste, ou une après-midi tranquille. On ne peut donc pas demander la même chose à une joueuse à plein temps et à une autre à mi-temps. C’est ce que voudraient les clubs pourtant. Ce n’est donc pas toujours facile à gérer. Encore plus dans les périodes
d’avant-saison avec la préparation physique, car il y a deux entraînements par jour.

Le fait de devoir cumuler entre vie sportive et vie professionnelle semble spécifique au sport féminin. D’autant que vous ne bénéficiez pas de la même convention collective sur les contrats fédéraux…
Il s’agit d’une question économique. A 18 ans, un garçon gagne déjà des milles et des cents. Ils peuvent arrêter l’école pour se consacrer au football. Après, ça ne me semble pas être la solution. Une carrière ne dure pas des années, donc il faut tout de même prévoir son avenir. J’espère que cela restera d’ailleurs chez les filles. Les jeunes doivent
garder un niveau d’études suffisant pour leur reconversion.

« Si on veut que les joueuses soient professionnelles, il faut mettre les moyens »

La Coupe du Monde 2019 qui vient de s’achever peut permettre aux joueuses de se consacrer pleinement au football ?
Il y a pas mal de clubs qui ont pris le train de la Coupe du Monde. Ca me semble très important. J’espère désormais que cela va déclencher pas mal de chose pour le futur. Cela doit permettre aux joueuses d’avoir au minimum un Smic. Si on veut que les joueuses soient professionnelles, il faut mettre les moyens minimums pour qu’elles le soient. Sans pour autant arriver aux salaires des garçons.

Cela serait également une occasion de faire les critiques sur le niveau de jeu des femmes…
Je pense que les joueuses doivent au moins avoir le bac, c’est un minimum maintenant. Après, quand on entre dans la vingtaine, ça me semble important de ne faire que du football pour l’évolution de la pratique. Mais il ne faut pas que ça devienne du grand n’importe quoi. Il faut penser à l’avenir. Pour moi, c’est primordial. Il faut penser à la sportive, mais aussi à la joueuse. Le football ce n’est que dix ans à haut niveau. Dans une vie, c’est peu.

Vous pensez donc déjà à votre reconversion ?
C’est quelque chose qui a toujours été important pour moi. Aujourd’hui, je pense que j’ai bien préparé mon avenir et c’est pour ça que j’aimerais ne pouvoir faire que du football pendant quelques années.

Est-ce que ce double projet a pu être un frein dans votre carrière ?
Je ne veux pas tout remettre là-dessus, mais je pense que les joueuses avec un double projet évoluent beaucoup moins vite, et beaucoup moins bien. La progression est automatiquement différente.

En terme de confiance, autre facteur important dans le sport, est-ce qu’une semaine de travail réussie vous aide sur le terrain ?
C’est plutôt l’inverse. La vente automobile est un travail avec beaucoup de pression, donc il arrive que certaines nuits, je ne dorme pas très bien. C’est un travail qui n’est pas vraiment compatible avec le football. Quand on se consacre à 100% au football, on est souvent meilleure, ce qui permet de gagner en confiance.

Vous le constatez auprès de vos coéquipières ?
A Guingamp, beaucoup de joueuses sont encore en études, donc je ne peux pas comparer. La saison dernière, j’ai réalisé une saison à peu près correcte avec le nouvel entraîneur (Frédéric Biancalani). Il a su me mettre en confiance, ce qui est extrêmement important. Je ne veux donc pas me comparer aux autres. La vraie comparaison sera à faire quand je pourrai me consacrer entièrement au football.

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